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Les semis d'automne

Quand et comment semer ses graines ?

L’automne n’est pas seulement la saison où le jardin ralentit. Pour certaines graines, c’est même l’un des meilleurs moments pour semer.

On pense souvent que les semis sont réservés au printemps, entre mars et mai. Pourtant, une partie des graines peuvent très bien être semées dès l’automne.

Quand certaines vont germer avant l’hiver et passer les mois d'hiver sous forme de jeunes plants, d’autres vont rester tranquillement en terre jusqu’au printemps. Et, pour quelques espèces, le froid et l’humidité de l’hiver font même partie du processus naturel de germination.

Alors, parmi les plantes aromatiques, médicinales, tinctoriales et utiles au jardin, lesquelles valent vraiment la peine d'être semées avant l’hiver ?

Quelles graines semer avant l’hiver ?

Les graines à semer fraîches

Certaines graines ne se conservent pas dans le temps. Pour celles-ci, l’automne peut être intéressant tout simplement parce que vous avez entre les mains des graines fraîchement récoltées.

C’est notamment le cas d'Apiacées, comme le cerfeuil musqué, le fenouil des Alpes, les angéliques (angélique archangélique, angélique des bois) qui voient leur pouvoir germinatif diminuer assez rapidement après la récolte. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous ne les proposons que quelques mois suivant la récolte : nous préférons travailler avec des graines fraîches.

Cotylédons de cerfeuil musqué et plantules d’angélique archangélique

L’intérêt du semis d’automne, dans ce cas, est simple : semer des graines difficiles à conserver plutôt que de chercher à les stocker pendant plusieurs mois. La terre est parfois le meilleur endroit pour les conserver.

Les vivaces : laissez l’hiver faire son travail

L’automne convient très bien à certaines plantes vivaces.

Pourquoi ?

Parce que certaines graines ont besoin d’une période froide et humide avant de pouvoir germer. En quelque sorte, l’hiver joue le rôle d’un réveil naturel. Ainsi, les graines de berce ou de mauve musquée restent en terre pendant plusieurs semaines à plusieurs mois. Puis, lorsque les conditions redeviennent favorables au printemps, elles peuvent commencer à germer.

Mais il arrive que même lorsque les conditions (eau, T°C, lumière, ...) sont réunies pour une bonne levée, des facteurs défavorables internes aux graines (liés aux enveloppes ou à l’embryon) peuvent s’opposer à leur germination. C'est ce qu'on appelle la dormance. Ces phénomènes de dormance sont caractéristiques de la famille des Rosacées (alchémille), mais se rencontrent chez beaucoup d'autres espèces (sureau noir). Par exemple, la gentiane jaune a besoin d'une période prolongée au froid humide en continu (2-3°C) pendant 5-6 mois, lorsque la bistorte doit bénéficier de variations de températures (chaud/froid) pour lever sa dormance.

Il ne faut donc pas forcément s’inquiéter si rien ne lève avant l’hiver.

Plantules de gentiane jaune
Plantules d'alchemille

Parce que d'autres espèces vont germer rapidement lorsque les conditions favorables sont encore réunies, puis résister aux mois d'hiver sous forme de jeunes plants.

Parmi les plantes que l’on peut envisager de semer à cette période, on trouve notamment l’échinacée, l’hysope, la lavande, la sauge officinale, la verveine officinale ou la reine des prés.

Les bisannuelles : prendre de l’avance

Les plantes bisannuelles développent généralement leurs feuilles, souvent sous la forme de rosette près du sol la première année, puis fleurissent ensuite l’année suivante.

Le semis d’automne peut donc permettre de "gagner du temps".

C’est notamment le cas du pastel des teinturiers, du réséda, de la monnaie-du-Pape, des cardères (cardère cultivée, cardère sauvage).

Certaines annuelles, selon les régions

Dans les régions où le froid ne descend qu'exceptionnellement en dessous de -5°C, et/ou dans les régions sèches, il peut être judicieux de semer les plantes annuelles à l'automne. Par exemple, le pavot et le coquelicot, le bleuet, le souci officinal.

Mais le semis d’automne fonctionne surtout lorsque l’espèce et le climat s’y prêtent.

Dans un jardin soumis à des hivers très froids, les jeunes plants peuvent être davantage exposés, et d'autant plus si le semis est trop tardif. Dans ce cas, le semis de printemps reste une solution plus sûre.

Chez nous en Creuse où l’hiver peut changer la donne, avec régulièrement des pointes à -15 °C et des froids humides qui perdurent, il n'est pas encore question de semer en pleine terre nos annuelles pour "prendre de l’avance".

Quand et comment faire ses semis d’automne ?

Le bon moment dépend de la plante, de votre région et de la météo. Dans un climat tempéré, les mois de septembre et octobre se révèlent être une bonne période pour les semis d’automne.

En pleine terre ?

Pour les espèces qui supportent bien le semis direct, la pleine terre est souvent la solution la plus simple. C’est ce que nous privilégierions pour les pavots, les coquelicots ou les annuelles rustiques. Il convient alors de se poser les mêmes questions que pour un semis de printemps, en pleine terre : La terre est-elle encore suffisamment facile à travailler ? Est-elle humide sans être détrempée ? Les températures sont-elles en train de baisser ? La météo annonce-t-elle une période exceptionnellement douce ou, au contraire, un refroidissement brutal ?

Le plus important est d’avoir :

  1. une terre propre et bien préparée ;
  2. un sol qui évacue correctement l’excès d’eau : le drainage est essentiel ;
  3. la bonne profondeur de semis ;
  4. un emplacement facilement identifiable au printemps.

Ou en terrine ?

Le pot ou la terrine peut en revanche être pratique pour les graines que vous voulez surveiller ou mettre sous abri (serre ou châssis).

Vous pouvez aussi placer le contenant en extérieur face aux intempéries hivernales (pluie, neige, grésil, gel/dégel) afin de simuler ce qui se passe en milieu naturel, c'est ce qu'on appelle un semis stratifié. À partir de début mars, vous devrez commencer à arroser, en fonction de la météo, pour éviter que le terreau se dessèche.

Dans tous les cas, pensez à étiqueter vos semis ! Au printemps, il est parfois difficile de reconnaître si la plantule qui vient de sortir de terre est la plante que vous avez semée quelques mois plus tôt... ou une herbe non désirée.

Alors, que semer cet automne ?

  • Si vous avez des graines fraîches, pensez notamment au cerfeuil musqué et à l’angélique.
  • Pour certaines vivaces, le semis d’automne permet de laisser l’hiver jouer naturellement son rôle.
  • Pour les bisannuelles, comme le pastel des teinturiers et la monnaie-du-Pape, on peut prendre de l’avance sur la saison suivante. Et côté annuelles rustiques, le pavot, le coquelicot, le bleuet et le souci sont de bonnes candidates lorsque le climat s’y prête.

En réalité, le semis d’automne n’est pas une question de calendrier à respecter à tout prix. C’est surtout une question de choisir les bonnes graines au bon moment.
Après quinze ans à semer, à observer et à sélectionner nos plantes dans nos conditions, nous avons surtout appris une chose : le jardin ne lit pas les livres ! Et nous continuons chaque année à apprendre, à tester car il y a la plante, il y a le climat, il y a le sol ou le substrat et il y a aussi l’année.

Article rédigé par Publié en ligne le Mis à jour le

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